07 Mai 1946, les accords Blum-Byrnes

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En 1946, le fait s’accomplit, les Etats-Unis deviennent les maîtres du monde. Ils ne leur manquent que de parfaire leur emprise culturelle sur les pays dits « libres ». C’est ce en quoi vont consister les accords Blum-Byrnes.

En France, les destructions dues en grande partie aux bombardements américains, sont immenses. La France est un champ de ruines : là où il y avait une industrie, une activité économique, le lieu se transforme en cible pour les bombardiers US, larguant leur métal explosif de neuf mille mètres d’altitude, rien n’est épargné, surtout pas les civils. Les victimes sont nombreuses, bien plus que la guerre sur le front n’a pu en faire !

La France n’a jamais de son histoire, subit tant de désolations, tant de blessures, tant de souffrances. Alors il ne faut pas que les populations portent ombrage à cet allié qui, au nom de la victoire, c’est permis une destruction quasi-totale. Il faut trouver des abcès de fixation, des faits autres, plus monstrueux qui viendraient comme excuser cet extrémisme militaire: cette guerre n’en manque pas, sa production d’horreurs est exceptionnelle, alors il y a des essentiels qui s’absentent pour longtemps des cerveaux du peuple, remplacés par des drames de même nature, mais déconnectés de la communauté victime: il y a toujours plus malheureux que nous.

La France, libérée, sait alors reconnaître ses libérateurs, elle va par l’accord Blum-Byrnes sceller son destin culturel à la politique des vrais vainqueurs, ceux qui ont fait parler la poudre en temps et en lieux voulus, quels que soient les dommages collatéraux.

L’accord que Léon Blum va signer est le suivant: 300 millions de dollars de prêts américains sur 35 ans, plus un prêt bancaire de 650 millions de dollars, le tout suspendu à l’acceptation de la France qu’un contingent de films américains, soit distribué en France. Et pas dans n’importe quelles conditions et volumes. Désormais, 80% de ce que les français pourront voir seront de source américaine.

L’emprise culturelle américains sera parfaitement maîtrisée par la venue quelques années plus tard, de la musique américaine empruntée au Blues des noirs américains, anciens esclaves et encore victimes de la ségrégation ! Les blancs (Bill Haley le premier) vont s’emparer de ce style musical afro-américains (Rock and Roll), et vont en faire un produit d’exportation que nous allons opportunément acheter, consommer, écouter puis répliquer.

Ainsi, les films américains envahissent le marché, ne laissant que peu de place aux productions françaises, dont une partie s’américanise par mimétisme et la musique d’outre-Atlantique déferle sur les ondes de radios privées en s’imposant par tautologie.

Avec le plan Marshall, qui oblige l’achat de produits américains (le plan Marshall est une subvention de l’Etat américain à leurs produits d’exportation. Ce plan garantit à l’économie américaine une continuité entre l’activité de guerre et celle de la paix), la France comme d’autres pays européens, est économiquement soumise à l’emprise du vainqueur. La néo-colonisation est accomplie, avec un contingent de soldats US qui vivent avec leur famille, sur le sol européen et français: les « bases Américaines » sont des lieux de démonstration du style de vie à l’américaine qui organise son prosélytisme au travers d’associations qui épanchent les produits US sur le territoire.

L’Allemagne et la France ont le même statut économique: le statut de vaincu, par ailleurs incapables de se défendre contre une éventuelle attaque des pays du bloc soviétique.

Une différence cependant, car dans ce que de Gaulle appelait le « machin », la France fait partie du conseil de sécurité de l’ONU. Hors mis cet organisme à l’époque sans réelles fonctions, tout confond la France dans le clan des vaincus.

Dominique MICHEL – Extrait de l’essai: Crise de la dette, crime contre l’humanité


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