08 De GAULLE

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De tous les présidents de la Cinquième République, Charles de Gaulle a été le seul à permettre à la presse de comprendre et de relayer la politique monétaire jusqu’au peuple. Tous les autres l’ont tué, par désintérêt (Mitterrand), par méconnaissance (Chirac, Sarkozy), ou par calcul mercantile (Pompidou, Giscard et Hollande ).

Le texte qui suit est tiré d’un recueil de textes de Charles de Gaulle, réalisé par André Astoux et Guy Sabatier, sous le titre «Charles de Gaulle, doctrine politique» aux Éditions du Rocher .

C’est l’extrait d’une conférence de presse donnée le 4 février 1965, qui est le point de départ d’un changement fondamental dans les relations américano-françaises.

Ce texte est aussi le seul espace de conscience délivré au peuple via la presse. C’est un texte qui fonde la libération de la France vis à vis des États-Unis, en remettant à sa place le dollars et la politique qui force son cours.

Voici quelques extraits des temps forts:

De_Gaulle_or (1)« …la deuxième guerre mondiale ruinait les monnaies de l’Europe en y déchaînant l’inflation. Comme presque toutes les réserves d’or du monde se trouvaient détenues par les Etats-Unis, lesquels, en tant que fournisseur de l’univers, avaient pu conserver sa valeur à leur propre monnaie, il pouvait paraître naturel que les autres États fissent entrer indistinctement des dollars ou de l’or dans leurs réserves de change et que les balances extérieures des paiements s’établissent par transferts de crédits ou de signes monétaires américains aussi bien que de métal précieux. »

En une longue phrase il explique Breton Woods, en y glissant une suspicion révélatrice: « il pouvait paraître naturel que les autres États…. » introduisant ainsi la future traîtrise.

Il continue: « Ce système monétaire international, ce « Gold Exchange Standard », a été par conséquent admis pratiquement depuis lors.

Cependant, il ne paraît plus aujourd’hui aussi conforme aux réalités et du coup, présente des inconvénients qui vont en s ‘alourdissant … Les monnaies des Etats de l’Europe occidentale sont aujourd’hui restaurées, à tel point que le total des réserves d’or des Six équivaut aujourd’hui à celui des Américains. Il le dépasserait même si les Six décidaient de transformer en métal précieux tous les dollars qu’ils ont à leur compte. C’est dire que la convention qui attribue au dollar une valeur transcendante comme monnaie internationale ne repose plus sur sa base initiale, savoir la possession par l’Amérique de la plus grande partie de l’or du monde.

Mais en outre, le fait que de nombreux États acceptent, par principe, des dollars au même titre que de l’or pour compenser, le cas échéant, les déficits que présente, à leur profit, la balance américaine des paiements, amène les États-Unis à s’endetter gratuitement vis-à-vis de l’étranger. En effet ce qu’ils lui doivent, ils lui paient, tout au moins en parti, avec des dollars qu’il ne tient qu’à eux d’émettre, au lieu de leur payer totalement en or, dont la valeur est réelle, qu’on ne possède que pour l’avoir gagné et qu’on ne peut transférer à d’autres sans risque et sans sacrifice.

Cette facilité unilatérale qui est attribuée à l’Amérique contribue à faire s’estomper l’idée que le dollar est un signe impartial et international des échanges, alors qu’il est un moyen de crédit approprié à un État »

Cette dernière phrase démantèle tout le système de colonisation et d’asservissement que les Etats-Unis ont mise en place depuis quelques décennies. On ne le répétera pas assez, cette conférence de presse est celle qui donne le point de départ au véritable affranchissement de la France vis-à-vis des Etats-Unis. Point de départ aux changements de mentalité de l’opinion publique via celle du personnel politique.

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Nous sommes au début du septennat de 1965, Charles de Gaulle fort de sa réélection, propulse la France dans cette phase d’émancipation.

En en mars1966, la France se retire du commandement intégré de l’OTAN. Dans le même temps, elle fait évacuer toutes les bases américaines du sol français: Châteauroux, Verdun, Orléans, Chaumont, la Rochelle, Toul.

Tous les pipe-lines desservant ces bases aériennes militaires sont transformés en moyens d’approvisionnement civils.

C’est un signe fort: de Gaulle n’accepte pas la politique du cours forcé du dollar et il le fait savoir en passant à l’acte. En même temps de Gaulle sent et sait que l’emprise culturelle américaine est forte en France, il sait que la « bataille » contre le monde anglo-saxon est loin, très loin d’être gagnée. C’est sûrement dans ce contexte psychologique qu’il va en juillet 1967 lancer au peuple de Montréal ce fameux « Vive le Québec libre », jetant un froid sur les relations franco-canadiennes, jusqu’à sa démission.

La France est le seul pays européen à manifester concrètement son indépendance, et son autonomie vis-à-vis des Etats-Unis, mais aussi vis à vis de la Grande Bretagne, qui désire entrer dans la communauté européenne, entrée que Charles de Gaulle refuse.

Le monde anglo-saxon est la cible déclarée de Charles de Gaulle, l’évacuation des bases militaires US et les vetos de 1963 et 1967 sur l’adhésion de l’Angleterre à l’Europe en sont la substance.

Les mêmes anglo-saxons se chargeront de provoquer la chute de Gaulle, avec les « évènements de mille neuf cent soixante huit ». L’arrivée entre autres manipulations, d’un agitateur exogène, encore en exercice aujourd’hui dont les accommodements déclarés, avec le capitalisme est le témoignage, est une preuve flagrante des intentions malveillantes à l’attention de la France. Ce mouvement d’origine estudiantin (90% des étudiants sont issus de la bourgeoisie) suivi d’un épisode social sévère et général, oblige le président de la France à un voyage éclair mais étrange en Allemagne démontrant le caractère anti-gaulliste des évènements de 68. Alors que l’assemblée nationale présentait une mince majorité en faveur du pouvoir en place, Pompidou incite de Gaulle à la dissoudre, ce qui fut fait le 30 mai 1968. Le 30 juin 1968 lors des élections, un raz de marée gaulliste confirme l’impopularité de ces évènements qui paralysent pourtant la France.

En 1969 de Gaulle organise un référendum sur la mise en place d’une régionalisation offrant plus de démocratie, ainsi que sur un autre mode de recrutement des sénateurs.

Le fait que de Gaulle transforme ce référendum en plébiscite est significatif de l’état d’esprit de cet homme politique: le pouvoir sans confiance n’est pas acceptable. Il est battu et quitte le pouvoir.

La tentative d’affranchissement vis à vis des anglo-saxons est définitivement terminée; le pouvoir va désormais tomber aux mains d’hommes au service d’un système élaboré, régi, et bénéficiant aux seuls anglo-saxons. Les pouvoirs régaliens qu’a hérité la République, vont au fur et à mesure passer de la République à la sphère financière, puis à une entité technocratique non élue: la commission européenne.

Dominique MICHEL – Extrait de l’essai: Crise de la dette, crime contre l’humanité