03 l’évacuation américaine de l’or

Deuxième phase:
l’évacuation vers les États Unis d’Amérique et le Canada

Le gouvernement Daladier est tombé le 20 Mars 1940. Paul Raynaud devient président du Conseil. C’est sous ce gouvernement que va se forger la défaite de la France en mai 40.

Le 10 mai 1940, il reste 2300 Tonnes d’or sur le territoire français. L’option des années trente, mise en œuvre pendant sept à huit ans, de disperser le stock d’or de la banque de France dans 51 dépôts provinciaux va être remise en question. Décision est prise d’évacuer l’or de la France.

  • Le 17 Mai 1940, le porte- avion Béarn appareille de Toulon, avec à son bord 194 Tonnes d’or. Il met le cap sur Halifax où l’or sera expédié vers New York. Le Béarn prend livraison de cinquante avions de chasse. L’or livré fait parti non du cash and carry, (les avions chargés sont déjà payés), mais d’une évacuation pure et simple. Autrement dit, l’or français est désormais confié aux États Unis.
  • Le 21 mai 1940, l’Emile Bertin part de Brest avec la Jeanne d’Arc, il emmène avec lui un chargement de 212 Tonnes pour New York via Halifax.
  • Le 02 Juin 1940, le Pasteur de la compagnie « sud atlantique » convoie 213 Tonnes d’or de Brest, en direction d’Halifax où il arrive le 8 Juin 1940. Alors que normalement l’or est convoyé par train en direction de New York, l’or transporté par le Pasteur est acheminé à Ottawa, à la banque of Canada, où il sera conserve « earmarked » (réservé). Ce 8 juin décision est prise que la France ne livrera plus d’or aux Américains. C’est la conséquence d’une tractation entre l’Ambassadeur américain à Paris, le ministre des Finances de la France et le secrétaire d’État au Trésor l’américain Morgenthau (qui n’a pas tourné à l’avantage des Américains). Le Pasteur appareille pour New York afin de prendre livraison de 95 canons de 75 mm et de pièces détachées
  • Le 3 juin, le Ville d’Oran appareille de Verdon ( à coté de Bordeaux) avec 212 Tonnes d’or. Sa destination est Casablanca où il arrivera le 6 juin. Dans le port marocain, l’or est d’abord stocké dans les coffres de la banque du Maroc, puis chargé le 8 Juin sur le Vincennes qui est un navire de guerre américain. Il appareillera le 11 juin pour les États Unis.

Lorsque le Vincennes (navire de guerre américain) prend possession des 212 Tonnes alors à Casablanca, nous sommes le 8 juin 1940, le même jour où l’or du Pasteur accoste à d’Ottawa, et non à New York.

Le changement politique est certainement dû aux tensions qui animent le gouvernement Raynaud. En effet, en cette fin Mai 1940, l’évolution militaire sur le terrain n’augure rien de bon. Le 28 mai 1940 les Belges capitulent. Arras, Amiens, Boulogne-sur-Mer, Calais sont tombées en quatre jours. Le 1er Juin, Marseille est bombardée. Le 3 juin la bataille de Dunkerque est engagée, 245 688 soldats Britanniques et 121 445 soldats Français et Belges sont évacués vers les îles Britanniques. Nombre de bataillons ou de compagnies sont à partir du 27 mai, disloqués sur le front, et les prisonniers de guerre se comptent par centaines de milliers ( 1,5 millions!). Au sein du gouvernement des fractures s’opèrent: les uns pour continuer la guerre les autres pour hâter la fin des hostilités.

C’est une période charnière, et le choix d’Ottawa est sûrement dû au fait que les États-Unis veulent garder l’or qu’on leur a confié, ce que relate Lucien Lamoureux ministre des finances le 6 Juin 1940:

« Ces dispositions qui se passent de commentaires (le paragraphe 3) justifient amplement la décision que j’avais prise avec l’agrément du Président du Conseil et sur l’avis de la Marine française, de ne pas remettre à la Marine américaine d’autre or que celui qu’elle avait chargé sur le croiseur Vincennes. »

En résumé, ont été livrées et confiées aux Etats -Unis au titre de l’évacuation, 618 tonnes d’or que ceux-ci entendent garder. Et 347 Tonnes relatives aux achats de matériels militaires qui n’ont servi à rien. (!) Soit 965 Tonnes d’or français sur le territoire des États-Unis, et 212 Tonnes confiées au Canada.

Dominique MICHEL – Extrait de l’essai: Crise de la dette, crime contre l’humanité